Deux logiques : protéger les proches, ou financer les funérailles
L'assurance décès répond à une question : si je disparais, de quoi mes proches auront-ils besoin pour continuer à vivre ? Le contrat prévoit un capital, parfois une rente, versé au bénéficiaire désigné et fixé d'après les revenus à remplacer. La fiche F35395 le résume : l'assurance-vie est de l'épargne, l'assurance décès de la prévoyance.
Deux formes existent. La temporaire couvre une période définie, le temps où des enfants sont à charge par exemple ; si l'assuré est en vie au terme, le contrat s'éteint et les cotisations restent acquises à l'assureur. La vie entière garantit le versement quelle que soit la date du décès. Le choix dépend de la durée du besoin.
Le contrat obsèques a un objet plus étroit. La fiche F17059 distingue le contrat en capital, qui verse une somme fixe que le bénéficiaire doit consacrer aux obsèques, et le contrat en prestations, qui finance et organise les funérailles selon les volontés du souscripteur. L'assurance décès remplace un revenu pendant des années ; le contrat obsèques règle une dépense unique.
Ce que couvre déjà le régime obligatoire ou l'employeur
Pour un salarié du secteur privé, la Sécurité sociale verse un capital décès aux proches. La fiche F3005, vérifiée le 1er avril 2026, en fixe les conditions : dans les trois mois précédant le décès, le défunt devait être salarié, indemnisé au titre du chômage, en arrêt indemnisé, titulaire d'une rente d'accident du travail ou de maladie professionnelle avec une incapacité d'au moins 66,66 %, ou d'une pension d'invalidité.
Le montant est forfaitaire, 4 009 €, non soumis à l'impôt sur le revenu. Les bénéficiaires prioritaires sont les personnes à la charge effective, totale et permanente du défunt, dans l'ordre conjoint ou partenaire de Pacs, enfants, ascendants ; ils ont un mois pour le demander à la CPAM ou à la MSA, les autres bénéficiaires deux ans. Ce forfait ne dépend ni des charges ni du nombre d'enfants : l'écart avec ce dont vos proches auraient besoin, et pour combien d'années, est ce qu'une assurance décès couvre.
Beaucoup de salariés ont aussi une prévoyance collective, mise en place par convention ou accord collectif, ratification d'un projet d'accord ou décision unilatérale de l'employeur (code de la sécurité sociale, article L911-1) : souvent un capital décès en multiple du salaire. Cette garantie ne suit pas le salarié au-delà de la portabilité prévue à l'article L911-8 : en cas de départ ouvrant droit au chômage, hors faute lourde, elle est maintenue gratuitement pendant la durée d'indemnisation, dans la limite de douze mois, puis cesse. Il faut la lire avant de souscrire, pour ne pas payer deux fois la même garantie.
Les indépendants n'ont pas de contrat d'entreprise et ne relèvent pas de la fiche F3005 : artisans, commerçants et professions libérales dépendent des prestations décès de leur propre régime obligatoire, en général forfaitaires et sans lien avec le revenu à remplacer ; nous les vérifions avant de chiffrer. Les retraités du secteur privé qui n'exercent plus d'activité salariée ne remplissent en général plus les conditions de la fiche F3005 : pour eux, le besoin se chiffre le plus souvent sans ce forfait.
Les points à lire avant de signer
La clause bénéficiaire d'abord. La fiche F15268, consacrée à l'assurance-vie et fondée sur les mêmes articles du code des assurances, décrit deux rédactions : une clause type, « mon conjoint, à défaut par part égale mes enfants vivants ou représentés, à défaut mes héritiers », ou une clause nominative avec nom de naissance, prénoms, adresse, date et lieu de naissance. « Conjoint » désigne la personne mariée avec vous au jour du décès, ce qui exclut en principe le partenaire de Pacs et le concubin. Le bénéficiaire peut être modifié, sauf s'il a formellement accepté la clause, ce qui la rend irrévocable (article L132-9).
La fiche F22395 cite deux cas de non-versement : le suicide de l'assuré au cours de la première année du contrat (article L132-7) et la condamnation du bénéficiaire pour avoir donné volontairement la mort à l'assuré (article L132-24). S'y ajoutent les exclusions de chaque contrat.
Le questionnaire de santé conditionne l'acceptation et le tarif. La fiche F22394 rappelle ce que coûte une réponse inexacte : nullité du contrat en cas de fausse déclaration intentionnelle, réduction de l'indemnité en cas d'erreur découverte après le sinistre (articles L113-1 à L113-17). Il est rempli auprès de l'assureur, jamais transmis au cabinet. Chaque contrat fixe aussi un âge limite et, pour un contrat obsèques, parfois un délai de carence, à lire dans les conditions générales.
- Contrat obsèques en capital : vérifier si le capital est revalorisé. La fiche F17059 rappelle que le montant versé ne couvre pas forcément la totalité du coût des obsèques ; un capital fixé à la signature peut se révéler insuffisant le moment venu, et l'écart reste à la charge des proches.
- Vérifier le mode de cotisation, unique, temporaire ou viagère : les cotisations sont en principe acquises à l'assureur, et un rachat, s'il est prévu, ne restitue pas l'ensemble des sommes versées.
- Un contrat oublié se retrouve : la démarche R63577 permet de demander à l'Agira la recherche d'un contrat obsèques ; les assureurs répondent sous trois jours ouvrés.
Qui a besoin de quoi : quatre situations
Parents d'enfants mineurs : le besoin est un revenu de remplacement le temps où les enfants sont à charge. La réponse habituelle est une temporaire décès calée sur leur âge, nette de la prévoyance d'entreprise et du forfait du régime général, avec une clause visant les enfants « nés ou à naître ».
Emprunteur : le prêt est déjà couvert par l'assurance emprunteur, qui rembourse la banque à hauteur de la quotité assurée. Une assurance décès pour le même prêt fait doublon.
Indépendant sans prévoyance : ni contrat collectif ni capital décès de salarié ; le régime obligatoire d'un artisan, d'un commerçant ou d'un libéral prévoit ses propres prestations décès, en général forfaitaires et sans rapport avec le revenu à remplacer. La prévoyance d'indépendant couvre en un contrat l'arrêt de travail, l'invalidité et le décès.
Personne seule qui veut épargner à ses proches l'avance des frais : c'est le cas du contrat obsèques, à comparer avec une épargne dédiée, la banque du défunt pouvant prélever les frais d'obsèques sur ses comptes, sur facture, dans la limite de 5 965 € (fiche F17059).
Ce que le courtier fait, et ce qu'il ne fait pas
Nous chiffrons d'abord le besoin : revenus qui disparaîtraient, durée, charges qui resteraient, ce que verseraient déjà le régime général, la prévoyance d'entreprise et l'assurance emprunteur. Le calcul donne un capital cible et une durée.
Nous comparons ensuite capital ou rente, temporaire ou vie entière, chez plusieurs assureurs ; nous relisons la clause bénéficiaire et vérifions exclusions, âge limite, revalorisation et sort des cotisations. Le code des assurances impose au distributeur de préciser par écrit les besoins du client et de motiver son conseil (article L521-4) ; l'étude écrite en est la trace.
Nous ne donnons pas de conseil successoral ou fiscal individualisé : la fiscalité d'un capital dépend du contrat et des bénéficiaires, et l'articulation avec une succession relève du notaire.
